La clause des traités de l'article II est l'une des barrières les plus élevées du droit américain. Elle a été conçue par les rédacteurs pour forcer un large consensus sur les engagements internationaux de la nation. En pratique, dans un Sénat polarisé, cela signifie qu'une minorité déterminée de 34 sénateurs peut bloquer tout traité, indépendamment de ses mérites ou du soutien du président. C'est la raison pour laquelle plusieurs traités majeurs, soigneusement négociés, n'ont jamais entré en vigueur pour les États-Unis, et non une contrainte hypothétique.
Dans un Sénat polarisé, ce seuil est celui où les traités ambitieux vont mourir. Tout plan sérieux d’accord sur l’IA doit en tenir compte dès le départ.
Une histoire de traités rejetés au niveau national
- Le Traité d'interdiction complète des essais nucléaires (1999). Signé par le US et central à la non-prolifération, il a été rejeté par le Sénat 48-51, loin des 67 requis. Le US ne l’a toujours pas ratifié.
- La Convention UN sur le droit de la mer. Soutenu par l'armée, l'industrie et les présidents successifs des deux partis, il est resté non ratifié pendant des décennies car il ne peut pas atteindre 67 voix.
- Le Protocole de Kyoto. Le Sénat a voté par précaution 95-0 une résolution s'y opposant, et elle n'a même jamais été soumise à ratification.
- La Convention relative aux droits des personnes handicapées (2012). Rejeté malgré un soutien bipartisan et calqué sur la loi US existante, à cinq voix près.
Le schéma est clair : même les traités bénéficiant d'un large soutien d'experts, du soutien présidentiel et de la pression des alliés échouent régulièrement à passer le Sénat. Un traité sur l'IA (susceptible d'être attaqué comme un abandon de souveraineté, une contrainte sur une industrie stratégique et une concession à la Chine) ferait face à une ascension au moins aussi raide.
Pourquoi un traité sur l'IA est-il particulièrement vulnérable ?
Les objections spécifiques s'écrivent d'elles-mêmes. Les opposants argueront que des limites contraignantes donnent un avantage aux adversaires qui tricheront ; que la vérification revient à laisser des étrangers inspecter les laboratoires américains ; que le traité étouffe une industrie critique ; et qu'il cède des décisions de sécurité nationale à un organe international. Chacun de ces arguments a déjà fait échouer des traités, et chacun se transpose directement au débat sur l'IA. Un traité qui requiert 67 voix dans cet environnement est, de toute évidence, une proposition intimidante.
Les chemins autour de la barre des deux tiers
Accords entre le Congrès et l'exécutif
Tous les engagements internationaux contraignants ne sont pas des traités relevant de l'article II. Beaucoup (dont la plupart des accords commerciaux de US) sont approuvés à la majorité simple des deux chambres en tant qu'accords exécutifs-congrès. Les tribunaux les ont traités comme constitutionnellement interchangeables avec les traités pour la plupart des usages. Cette voie nécessite 51 voix au Sénat plus la Chambre, et non 67.
Accords exécutifs unilatéraux
Le président peut prendre certaines engagements contraignants sans le Congrès, dans le cadre du pouvoir exécutif. Ceux-ci sont juridiquement limités et peuvent être annulés par un successeur, mais ils peuvent porter les premiers engagements pendant que la ratification plus large est poursuivie, le mécanisme derrière l’adhésion du US à l’Accord de Paris.
Législation nationale reflétant le traité
Le Congrès peut adopter la substance d'une norme internationale sous forme de loi ordinaire à la majorité simple, liant les acteurs US aux mêmes obligations sans ratification formelle du traité lui-même. Les contrôles sur le calcul et les exportations montrent déjà cette voie en action.
Construire une saillance bipartite durable
La seule voie vers une ratification effective est de faire du risque lié à l'IA une préoccupation véritablement transpartisane, afin que 67 voix deviennent concevables. C'est un projet politique (le travail de faire passer la question du partisan au consensus) qui doit commencer des années avant qu'un traité n'arrive au vote.
Un traité qui ne peut pas passer au Sénat n'est qu'un communiqué de presse. Une diplomatie sérieuse de l'IA doit être conçue en partant des 67 voix nécessaires, ou en utilisant les instruments contraignants qui n'en ont pas besoin.
Concevoir pour la contrainte domestique
La leçon n’est pas le désespoir, mais la conception. La barre des deux tiers est réelle, mais ce n’est pas la seule porte. Une stratégie de gouvernance de ASI bien construite combinerait des instruments : une législation nationale et des mesures exécutives pour établir des engagements immédiats, des accords exécutifs-congrès là où une majorité simple est possible, et un effort politique à long terme pour construire le consensus bipartisan que la ratification formelle exigerait. Elle façonnerait aussi le contenu du traité pour atténuer les objections prévisibles : vérification réciproque plutôt qu’inspection unilatérale, protections pour l’industrie légitime et garanties pour la sécurité nationale. L’erreur est de négocier un traité à l’étranger tout en ignorant l’arithmétique nationale. Dans le système américain, la négociation la plus difficile se déroule souvent au Sénat, et il faut la planifier dès le premier jour.